Vingt-quatre ans après avoir écrit et publié, avec Françoise Petitdemange, l’ouvrage Fallait-il laisser mourir Jean Moulin ?, je développe, dans un livre électronique, la question de l’ensemble de la trajectoire politique de Charles de Gaulle et des appuis qu’il a pu trouver du côté de Léon Blum et de différents socialistes pour en venir à se débarrasser de Jean Moulin de façon tout à fait criminelle.

Comme à mon habitude, je m’appuie sur des documents précis que je cite largement : pour l’essentiel, il s’agit des écrits de Charles de Gaulle lui-même. À ce propos, il est important de dire qu’après son décès (1970), son fils Philippe en a produit une quantité innombrable… Ce qui nous fournit d’extraordinaires révélations sur la réalité de la veulerie dont l’homme du 18 juin aura fait preuve tout au long de sa vie.

En ce qui concerne le temps de sa jeunesse, nous découvrons un Charles de Gaulle totalement fasciné par les invraisemblables taux de rentabilité, en gloire et en argent, qu’offrent les guerres faites avec le sang des peuples, et pour que triomphe le Surhomme : lui, en l’occurrence.

Après la Première Guerre mondiale, durant laquelle il a été longtemps prisonnier des Allemands, sa carrière militaire lui paraît ruinée, mais il va se refaire en devenant un officier de bureau sous la tutelle extrêmement bienveillante du maréchal Pétain. Ensuite, de 1934 à 1940, il s’affairera dans l’entourage immédiat de l’un des responsables politiques les plus proches du grand patronat : Paul Reynaud qui fera tout pour le freiner dans sa volonté affichée de promouvoir une dictature militaire et de mettre ainsi un terme définitif à la République.

Nous les retrouvons cependant tous les deux parmi le personnel politique et militaire qui, au plus haut niveau de l’Etat, s’est livré aux manœuvres criminelles qui ont abouti à la débâcle de mai-juin 1940.

Ainsi, contrairement à ce que la légende rapporte, ce n’est qu’à la suite d’une sorte de pirouette que Charles de Gaulle s’est retrouvé, par la seule volonté de Winston Churchill, devant le micro de la BBC le 18 juin 1940. Il s’agissait, pour celui-ci, de maintenir la France dans la guerre à travers un officier de haut rang, et de convaincre, par ce moyen, les membres du Gouvernement britannique de ne pas tenter de s’entendre avec Adolf Hitler.

A Londres, affirmant représenter la France à lui tout seul, Charles de Gaulle dessine les traits d’une monarchie absolue qui pourrait, après la Libération, s’installer en France au moyen d’une armée nouvelle dont Winston Churchill comprendra très vite qu’il ne faut surtout pas aider à la constituer dans les mains de cet homme-là qui se révèle manifestement prêt à tout, sauf à s’engager réellement dans la guerre contre Hitler et les nazis.

Et tandis que la réputation de Charles de Gaulle s’effondre à Londres où on commence à le bien connaître, Jean Moulin vient, à l’automne de 1941, présenter aux Britanniques et au chef de la France Libre la situation réelle et les projets de cette Résistance intérieure qu’il a commencé à unifier, tout en se gardant bien d’en exclure les communistes…

Très vite, si De Gaulle n’a qu’un seul souci : mettre tous ces gens-là au garde-à-vous le plus vite possible pour s’en assurer le contrôle et préparer les lendemains d’une guerre dont il se désintéresse totalement, les socialistes et Léon Blum en tête lui annoncent qu’ils se rallieront à lui dès son arrivée à Paris pour empêcher les communistes de participer à la prise du pouvoir…

Dans cette ligne, Pierre Brossolette est le plus virulent… Il se heurtera très violemment à Jean Moulin lui-même, et recommandera à De Gaulle l’élimination de cet homme-là en raison des liens dont il disposait avec les responsables communistes mais aussi avec les services secrets soviétiques.

Quant au bras armé franco-allemand qui se jettera sur Jean Moulin pour le saisir à l’occasion de la réunion qui devait avoir lieu le 21 juin 1943, il préfigure, assez curieusement, l’Europe d’aujourd’hui et tout ce personnel politique français que nous voyons s’appuyer sur une Constitution qui consacre la prééminence permanente de la grande bourgeoisie en ajoutant la légende de De Gaulle à celle derrière laquelle celui-ci s’est longtemps dissimulé… Jeanne d’Arc.

L’ouvrage qui apporte tous les documents historiques correspondant à ce que je viens d’affirmer s’intitule : Jean Moulin démasque Charles de Gaulle et les socialistes. Il s’agit d’un livre électronique de 466 pages. Il est accessible ici.

Michel J. Cuny

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