Résumons les positions doctrinales de Charles de Gaulle en 1913, en rappelant qu’il est alors un jeune lieutenant de 23 ans : il faut payer l’impôt pour garantir la situation acquise par les rentiers de l’État, dont le sort se trouve ainsi lié directement à la victoire de la France. Le petit soldat, bien armé et bien encadré, pourra faire son travail dans les meilleures conditions techniques et psychologiques, etc. ; et sauver la propriété, son lopin de terre aussi bien, s’il est lui-même un petit paysan parcellaire.

Le texte que nous étudions pour l’instant, cette conférence prononcée devant des officiers subalternes de l’armée française, émane d’un homme encore très jeune, et qui n’avait, pour l’heure, aucune expérience directe de la guerre. Il a, devant lui, toute une vie pour démentir sa position de départ, et nous sommes disposés à lui faire tout le crédit nécessaire pour la suite…

Ceci étant écrit, laissons-nous surprendre :
« Certes, la guerre est un mal, je suis le premier à en convenir, mais c’est un mal nécessaire. La guerre est une de ces grandes lois des sociétés auxquelles elles ne peuvent se soustraire et qui les chargent de chaînes en les accablant de bienfaits. Rien ne sait davantage réveiller dans un peuple les mâles vertus et les nobles enthousiasmes que le sentiment de la patrie en danger. »

Traduisons : en dehors des temps de guerre, un homme comme De Gaulle, ça s’ennuie, ça périclite, ça divague dans l’immoralité, ça se féminise, ça se clochardise ; ça s’effondre dans le pire… Mais sitôt que ça pourra saigner, ce sera tout autre chose : c’est bien évident. Il va devenir un bienfaiteur de l’humanité. Poursuivons :
« Les vertus d’un guerrier, tout en pouvant paraître brutales à cer-tains, n’en sont pas moins absolument généreuses et désintéressées. En voyant sa patrie menacée par des ennemis ambitieux, le citoyen comprend de suite la nécessité où il se trouve de rester viril pour la mieux défendre. Tandis qu’une paix prolongée provoque l’amour du gain et le désir du vice. »

Le vrai bienfaiteur de l’humanité, c’est donc celui qui procure un maximum de guerres, et de guerres aussi massacrantes que possible. Des guerres qui ne doivent qu’à peine procurer la paix, ou alors une paix très instable à l’occasion de laquelle l’instinct viril n’a pas l’occasion de trouver de quoi s’affaisser.

Ainsi la guerre ne doit-elle surtout pas faire l’objet d’un tabou… Y compris quand elle se présenterait sous la forme d’une parfaite aberration. Cas prévu par le gentil lieutenant :
« Certes ce serait un grand crime pour un peuple que de la déchaîner sans raison, mais c’en serait un autre que de vouloir la détruire « car sans elle, disait M. de Moltke, sans elle le monde pourrirait ». La guerre développe dans le coeur de l’homme beaucoup de ce qu’il y a de bien ; la paix y laisse croître tout ce qu’il y a de mal. »

La paix… « tout ce qu’il y a de mal »… Pour sauver la morale publique et privée, il faut donc ne pas craindre de déclarer la guerre sans raison, simplement comme une purge tout ce qu’il y a de plus hygiénique. Sans quoi, plus rien… Si : la pourriture généralisée. Et c’est M. de Moltke (photographie jointe) qui le dit.

C’est qui, d’ailleurs, ce brave type ?

Michel J. Cuny

NB. Pour en savoir beaucoup plus sur ce De Gaulle plutôt mé-connu, je renvoie à Michel J. Cuny, Jean Moulin démasque Charles de Gaulle et les socialistes, Editions Paroles Vives 2018 (ouvrage électronique de 466 pages, accessible ici).

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